Archive pour la catégorie Général

Métro — la Muette

dimanche 26 mars 2017

C’est la fin de la semaine et le début de la soirée. Ligne M vers le Queens, 34e rue, bien après l’heure de pointe des sorties de bureaux — l’intérêt des pots du vendredi soir. J’avance sur le quai, le nez sur mon téléphone, quand elle me fait signe en me montrant le sien. Dans son Google Translate (portugais/anglais) Can you help me to get to a subway station? Heu, comme qui dirait, on y est, en quelque sorte. Bon, Which subway station? Elle me montre une image.
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Old soul

mardi 25 octobre 2016

C’était par une nuit d’hiver, il y a huit mois. Tu nous avais mis à l’épreuve, vieux renard, quelques jours avant déjà. Juste pour voir qu’on était prêts, qu’on était là, impatients, fébriles, parés. Un petit tour de plus et puis finalement tu t’étais décidé. Et pendant que Maman encore groggy émergeait, tu es venu, tout petit bonhomme doux, tout contre ma peau. Je t’ai chanté Ma chance dans cette salle absurde et déserte du grand hôpital, moi inconfortablement calé dans un fauteuil trop bas, toi blotti bien au chaud contre mon cœur.
Bien vite on s’est noyés dans ton regard, immensités gris-noir comme les eaux sombres d’un vieux lac. Sereins, hiératiques, tes yeux semblaient avoir déjà engrangé toute la sagesse des lignées oubliées. Quand ils se posaient, intenses, sur le monde autour de toi, on les y sentait chercher, dans le moindre détail, chaque atome de mémoire de l’histoire du monde.

C’est une nuit d’automne maintenant. Les lumières de la skyline veillent sur ton berceau. Une nuit encore, sans doute, où quelque vieux démon viendra te réveiller, et tu retrouveras comme la nuit d’avant et celle encore avant refuge dans mes bras ou le sein de ta mère. Mais au petit matin nous serons éblouis. Un rayon de soleil sur ton sourire immense, quatre dents prêtes à croquer la vie.

Ce jour est le premier où tu marches debout. Puisses-tu continuer à le faire en homme libre toujours. Et que les premiers mots que tu prononceras nous racontent les rêves dont tu seras passeur.

Pour Gabriel, né le 16 février 2016.

Mes vœux pour 2016

dimanche 3 janvier 2016

L’année commence, et ne sera pas de tout repos. Dans un monde incertain et cynique, corrompu et violent, les derniers oripeaux de citoyenneté et de démocratie se sont déchirés. C’est le début d’heures sombres. Pourtant, des enfants naîtront. Des rêves seront conçus, des projets formés pour les réaliser. Des voix s’élèveront, et des actes seront posés, que l’histoire jugera ou qui seront vite oubliés. Je garde l’espoir que nos paroles et nos gestes soient encore cette année ceux de femmes et d’hommes libres. Que les surprises soient joyeuses, les épreuves surmontées, et que dans un an nous sortions de 2016 un peu meilleurs que nous n’y sommes entrés.

Pour toi mon enfant qui naîtra tout bientôt, pour toi ma choupinette qui grandit à vue d’œil, pour toi mon épouse aimée, pour vous mes amours, mes amis, mes frères et sœurs humains.

Sept ans de réflexion

dimanche 18 octobre 2015

À Meta, avec amour.

Il y a sept ans nos pas se sont croisés, et sur le chemin de nos vies, aujourd’hui nous marchons ensemble. Je t’accompagne et tu m’accompagnes. Nous partageons les provisions, le bivouac, les sacs à dos, les compagnons de route, le paysage et l’aventure.

Aujourd’hui,

Je m’engage auprès de toi à continuer la route ensemble, à faire équipe toujours. À partager chaque pas, chaque caillou dans les chaussures, chaque rencontre sur le chemin.

À partager ta vie, et partager la mienne avec toi : partager nos bonheurs, nos rêves fous que jamais tu ne condamnes juste sous prétexte qu’ils seraient impossibles, partager nos amours, qui nourrissent et renforcent celui qui nous unit.

À tes côtés, l’avenir ne me fait plus peur, et je veux le passer avec toi.

Je m’engage à t’être fidèle. À nous être fidèles. À être fidèle aux valeurs qui scellent notre union et notre famille : la générosité, la solidarité, l’intégrité, le respect de soi, de l’autre, et de la parole donnée que nous renouvelons aujourd’hui.

Et devant toi, Aurore, notre chair, nos sangs unis,
Devant vous mes sœurs, qui éveillez le monde à la grâce de l’amour et des paillettes,
Devant vous, nos témoins, nos parents, nos amours, nos amis ici assemblés,
Devant la Cité et devant l’humanité toute entière,

Je prends la plume dont on écrit l’histoire des hommes, et parce qu’il est pour moi le meilleur synonyme de Liberté,

J’écris ton nom. Auprès du mien.

Et je t’offre cet anneau en signe visible de notre engagement.

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Lettre aux femmes de mon homme

dimanche 20 septembre 2015

À l’invitation de Kangoo, traduction d’un texte publié par Wilrieke : A letter to the women who sleep with my man

Ma chère sœur,

Merci.

Tu lui ouvres ton cœur, et ton corps : merci. Auprès de lui, tu tombes masque et armure : merci. Merci pour les moments précieux et la volupté des corps que vous partagez.

Merci pour la richesse que tu apportes à sa vie. Tu lui offres des
choses que je ne peux offrir, pour la bonne et simple raison que tu n’es pas moi. Ton parfum est différent. Ce qui te fait vibrer, ce qui te fait avancer, ce qui te fait peur : par toutes ces choses, tu es différente, et dans ton regard il voit une autre image. Ce que lui renvoie ton regard, il ne le trouvera jamais dans le mien.

Ton parcours, ton passé sont ta richesse propre. Qu’il apprenne de ton expérience ce que je ne saurais lui enseigner.

Merci.

Merci pour ton courage et pour ta force — il en faut pour le recevoir et l’accueillir. En sachant que je suis là. Et en sachant que je sais. Je sais ce qu’il faut de tripes pour se mettre à nu pour un homme au vu et au su de sa femme. Pourtant, ça ne t’a pas fait fuir. Bien au contraire.

Cette peau que j’ai caressée si souvent, tu l’as caressée. Ces lèvres que j’ai mille fois embrassées, tu les a embrassées. Ces bras qui m’ont bien des soirs réchauffée, tu t’y es blottie à ton tour. Ce corps que mes yeux ont usé, tes yeux l’ont vu aussi.

Il est chou, hein ?

De tout mon cœur, j’espère que vous avez passé un moment agréable,
et je vous en souhaite d’autres. Je souhaite que ta présence lui soit un cadeau autant que la tienne l’est pour lui. Je vous souhaite, tous deux, d’être submergés de plaisir.

Je ne te demande qu’une chose.

Ne fais pas comme si je n’existais pas.

Ne change pas de trottoir quand on se croisera. Je comprends que tu te sentes mal à l’aise, un peu gauche. Je n’attends pas de toi que tu saches instantanément communiquer avec moi.

La non-exclusivité, vois-tu, ça réveille quelques-unes de mes terreurs les plus profondes. L’angoisse de cette petite fille qui a peur de perdre son amour à chaque fois qu’il sort. Voir en toi l’ennemie, la concurrente, c’est une solution de facilité. C’est ce qu’on fait tant de femmes avant nous. Mais tu es ma sœur. Nous avons les mêmes craintes, et les mêmes rêves.

Baisse la garde. Prends-moi dans tes bras. Je ne te demande pas de me parler. Ou alors, tu peux m’écrire un petit mot, si c’est plus facile.

Ce n’est pas une compétition. C’est la rencontre de deux humaines, avec toutes leurs fragilités. Et une chose en commun — lui.

Je t’aime. Merci.

Un peu plus près du ciel

jeudi 3 septembre 2015

AF6, le Paris-New York de l’après-midi. Je suis entré le dernier, ou peu s’en faut, dans l’A380. Faire la queue, ce n’est pas mon truc, j’attends aussi bien assis. J’avais la place que j’aime bien, 45J, près des galleys, couloir, place pour les jambes.

Lui, il était au 45K. Allemand, il avait retrouvé fortuitement son amie américaine juste avant d’embarquer. Elle aurait bien voulu échanger, d’ailleurs, mais le 45A, emprisonné contre le hublot, je ne peux pas. En avion, je suis un peu claustro. À sa droite, 45L, la jeune maman italienne installait confortablement son bébé de deux mois.

Il a posé son ordinateur sur la tablette. Moi, j’ai rangé mes journaux (Le Monde, Libé, mais pour cette fois pas Le Canard, que j’avais prêté, ni Courrier international, parce qu’il n’y en avait plus) et sorti mon bouquin.

Je lisais, il écrivait. À la fin d’un chapitre, mon regard baladeur s’est posé sur l’écran.

Inventory of my fears

Le titre en gras a retenu mon œil. Une pensée pour soi-même ? Un de ces monologues que j’aurais pu glisser sur les pages blanc crème de mon vieux Moleskine ? Non, c’était une missive, à la deuxième personne. Confidence ? Confession ? Non plus, je ne crois pas. Nul ami bienveillant n’apaiserait ses craintes. Perclus d’humanité, il ne confessait à nul marabout sombre le péché de son doute. Auprès de nul saint intercesseur il ne cherchait le réconfort. Il ne plaiderait pas par procureur.

En anaphore.

God, ….

Charlie restera chez lui ce dimanche

samedi 10 janvier 2015

Je suis Charlie. Et je n’irai pas défiler dimanche.

Mercredi tout au long de la journée il y avait eu ces messages. Tu viens ce soir ? J’y serai vers 17, 18 heures. Les copains, les copines, toutes et tous des larmes plein les doigts, et l’incrédulité, et le besoin d’être ensemble. J’aurais aimé vous rejoindre, à l’appel de personne, tous autour d’une République de bronze. Cent mille personnes qui se retrouvaient là à l’appel des copains pour pleurer en silence et pour se réchauffer. Sans autre mot d’ordre que leur chagrin révolté et la dignité de leur silence. Cent mille Charlie, debout, qui refusaient d’avoir peur, qui refusaient de se taire, qui refusaient surtout d’inventer des coupables. Et qui disaient Je. De petites pancartes individuelles, bricolées comme ça. Au bout de chaque pancarte il y avait la main d’un de vous, et j’aurais voulu y être. Je suis resté à la maison, cloué là par la fièvre et les miasmes hivernaux.

Dimanche je serai guéri, mais je n’irai pas défiler sous les banderoles des corps intermédiaires. Je n’irai pas faire bloc derrière un carré de tête qui comptera tout ce que Charlie conspuait de puissants corrompus par le pouvoir, de réacs allergiques à la liberté de parole, de pensée et de remise en question du système dont ils ont pris les rênes. Ni derrière Valls, ni derrière Sarkozy. Ce serait aussi absurde qu’un poisson sans bicyclette. Aussi grotesque qu’une messe ou un glas pour les bouffeurs de curés de Charlie.

Ces gens-là, qui osent se prévaloir de la liberté d’expression, sont les mêmes qui infatigablement travaillent au détricotage de la démocratie. À coups de loi de programmation militaire, sous couvert de sécurité nationale, ils pourront demain écouter, ou faire taire, chacun d’entre nous selon leur bon plaisir. Sans qu’un con de juge par trop indépendant vienne fourrer le nez de la Justice dans les petites affaires de l’Administration. Et ils continueront cela précisément en surfant sur l’émotion de faits divers barbares, en répétant encore et encore le même mensonge éculé :« C’est pour votre sécurité ».

Deux branquignols dégénérés, deux abrutis manipulés par des organisations terroristes croyaient tuer au nom de leur prophète. Mais ceux qui les ont envoyé là avaient un tout autre dessein que quelques caricatures : l’objectif stratégique de nous saisir d’effroi et d’horreur, de nous cliver, de nous monter les uns contre les autres. Si nous avons peur, ils auront gagné. Et la classe politique qui joue de cette peur pour mieux nous contrôler et nous asservir, qui sous prétexte de nous en protéger et de nous rassurer fabrique la prison idéale, panoptique de nos mots, qui nous endort et nous enferme, elle n’est que leur petite hyène charognarde et mesquine qui essaie de grapiller quelques bouts de cadavre tiède après le passage du monstrueux prédateur.

Je n’irai pas faire masse derrière ceux qui conçoivent sans sourciller d’inclure Marine Le Pen dans un hommage à ceux qui, infatigables, ont toujours dénoncé et combattu les idées délétères qu’elle colporte, et son père avant elle. Leur cynisme, à ceux-là, c’est un glaviot sur la terre encore fraîche des tombes à peine creusées. Je ne serai pas derrière eux pour qui la liberté de la presse, celle que doit encourager, soutenir l’effort public pour le bien de la Nation, c’est Télé 7 Jours, Closer et Gala bien plus que le Monde diplo… ou Charlie.

Je suis Charlie, triste et en colère, parce que des dessinateurs, des victimes collatérales, des otages, des flics ont été lâchements, froidement assassinés par des imbéciles sanguinaires.

Je suis Charlie, triste et en colère parce que des millions de musulmans de toutes nationalités, mes concitoyens, mes voisins, mes amis, vont s’en prendre plein la gueule à cause d’eux.

Je suis Charlie, triste et en colère de la récupération politique cynique qui se joue sous nos yeux, écœuré devant l’hypocrisie éhontée, indécente et indigne dans les mares de sang encore frais.

Je suis Charlie, triste et en colère de ne jamais voir les coupables comparaître devant une cour d’assises. De ne jamais les voir jugés au nom du Peuple français.

Je suis Charlie, triste et en colère. Dimanche je resterai chez moi.