Soir de silence

11 janvier 2010

Quelques feuilles traînent sur le bureau, notes griffonnées de calculs. Tension d’azote, saturation, paliers : nous apprenons à plonger, et à emmener avec nous des plongeurs moins expérimentés, pour leur faire partager notre passion.

Mais ce soir, une voix manque. Dans le monde du silence, ses mots font défaut. Pascal, notre ami, notre moniteur, notre enseignant, est parti tôt ce matin. Chacun d’entre nous se souvient de ses cours, de sa pédagogie nourrie d’expérience et d’une remise en question permanente par laquelle il cherchait à toujours mieux partager avec nous le plaisir de plonger. Avec disponibilité et dévouement, avec le souci constant de nous permettre à tous de progresser et de nous épanouir dans notre pratique, il animait le club, dont il assumait la présidence depuis quelques mois. Avec son sourire, sa gentillesse et sa disponibilité, il a été pour nous un encadrant, un camarade, un ami.

Dans chacune de nos bulles, il demeurera présent.

In memoriam.

Louise

22 décembre 2009

On attendait un petit Jésus pour la Noël, mais tu es arrivée un peu en avance. C’était l’autre jeudi. Ton grand-père, mon papa, m’a appelé matin pour dire que tu étais en route. Ça y était, enfin ! On allait te connaître. Impatient, excité, et puis ému aussi, j’attendais fébrile de plus amples nouvelles. C’est ton papa qui me les a données.

Louise, née à treize heures cinquantes, un beau matin d’hiver. Cet après-midi-là, crois bien que c’était dur de ne pas épancher sur l’ordi du bureau les larmes d’émotion. Ça noue la gorge, tu verras ça un jour, quand t’échoit pour de bon la charge avunculaire. Moi qui n’ai même pas encore de cheveux blancs… Me voilà tonton. Coup de vieux.

Bienvenue à toi, ma nièce aimée, petite crevette encore. Grandis, mais pas trop vite, et sois heureuse. Garde toujours sur le monde ton regard d’enfant.

2009, année 32 — Le pouvoir de dire merde

29 novembre 2009

C’était l’hiver mais tout bruissait. Une tension sourde, des forces encore silencieuses étaient déjà à l’œuvre. Il fallait, de nécessité, que les choses changeassent. C’était peut-être l’élection toute récente de Barack Obama qui le rendaient tangible : on devait s’attendre à quelque chose de Neuf.

Et pour que cela soit j’ai appris à dire merde. J’ai appris à dire non. J’ai préféré enfin ne plus plaire à tout le monde. J’ai pris la peine d’être moi-même pour cesser de jouer, pantin de vos désirs, les comédies pipées ne visant qu’à complaire. Ne consentait à rien valablement celui qui acquiesçait à tout sans distinction. Tout ça fut enterré avec un peu de la peur de déplaire et l’angoisse de n’être pas là où je suis attendu.

J’ai longtemps tenu pour injonction sacrée de faire ce qu’on attendait de moi. C’était l’ordre des choses. Et puis j’ai fini par dire non, quelquefois. C’est là seulement que mes oui ont pris valeur.

Trente-deuxième petit caillou

La horde sauvage

18 novembre 2009

Il est près de vingt-trois heures. Je viens de me cogner à vélo tous les feux rouges que compte l’avenue, j’arrive place de la République. Ils sont là.

Klaxons, sirènes. Hurlements, sans discontinuer. Drapés dans leurs étendards, fumigènes et fusées d’alarme brandies. C’est une foule animale qui gronde comme par temps d’émeute. Une meute farouche et bruissante, imprévisible. Sauvage. Une grande bête furieuse en liberté.

Je pédale un peu plus vite, un peu plus fort. La hideur préhistorique réveille l’instinct de survie.

Les mères impossibles

31 octobre 2009

C’était au jap’ après le ciné, l’autre dimanche. Avec M. on s’était installés à côté d’elles, la mère et la fille. La mère grandiloquente et théâtrale d’indignation, pétrie de vieille rancœur contre un mari parti, la fille tenue sous son emprise, sommée de répéter les mots longuements appris de haine contre l’absent. La mère qui veut absolument assister à l’exposé de sa fille. La fille qui défend comme elle peut la dernière parcelle de son territoire, ses études, sa vie. Non, je ne veux pas que tu viennes, je ne te dirai pas à quelle heure c’est.

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Il y a encore celle qui, à la soutenance de thèse de sa fille, voudrait amener son chien. Non, Maman, ça ne se fait pas. Il faudra s’en séparer quelques heures, mais le retrouver bien vite, dès les félicitations prononcées et le champagne sablé.

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Il y a cette autre dont la fille est aussi maintenant Docteur, qui le jour J demande qu’on lui fasse les présentations. Oui, je veux connaître tous tes copains !

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Et celle qui depuis dix-huit ans dort dedans sa tombe.

District 9

25 septembre 2009

J’ai fini par voir District 9. On m’en avait dit beaucoup de bien, et j’avais lancé un appel à la cantonade pour ne pas y aller tout seul. Incompréhensions et Mlle Elle ont répondu présentes. Je m’en suis voulu de les avoir traînées dans ce traquenard.
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De l’importance d’être constant

4 septembre 2009

J’avais pris le bouquin comme ça, en passant, je l’avais vu une ou deux fois dans les rayons, la quatrième de couverture, l’auteur et quelques pages feuilletées m’avaient suffi à me dire ce sera pas mal, à l’occasion. Je l’avais emporté pour le voyage. Il y avait des heures d’avion et de bus à tuer, ça me ferait bien m’évader. Le passage de la nuit, Haruki Murakami. C’est la ville après le crépuscule, sombre et chaude et noire de sueur et de sang, la lumière d’un néon cru dans une pièce immobile, les putes et les salarymen qui se croisent dans la chambre d’un love hotel le temps de quelques heures. Un bon bouquin.

(J’aime bien Haruki Murakami, ses histoires bizarres et la part d’inexpliqué, de surnaturel qu’il sait y inviter juste comme ça, sans en avoir l’air.)

Je suis rentré. (Lundi dernier.) J’ai défait les sacs, posé le bouquin sur l’étagère. Puis enfin entrepris de ranger. (Ce soir.) De l’insérer à sa place, sur le rayon des romans, juste à côté de la La Course au mouton sauvage et des Amants du Spoutnik.

C’est là que j’ai vu qu’il y était déjà.


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À donner, donc, un exemplaire non lu du Passage de la nuit.