Nous les trentenaires

20 juillet 2008

Nous sommes nés au siècle dernier. Un peu avant l’ère Mitterrand. Nos parents avaient rêvé le grand soir en balançant des pavés contre les flics. Pour eux, les années fac, ç’avait été manifs et barricades, AG, occupations. Pour eux et puis pour nous, qui étions à venir, ils avaient rêvé une vie merveilleuse.

Quand on était gamins, l’an deux mille c’était encore lointain, et on se laissait croire aux immeubles de verre et aux voitures qui volent. On n’imaginait pas qu’à vingt-cinq ans de là, l’herbe et le bois des arbres et les gargouilles de pierre des églises gothiques, les statues de tuffeau des chapelles bretonnes, bouffées par les embruns et les façades miteuses des vieux bouges de quartier attendraient patiemment qu’on atteigne l’âge d’homme. L’enfance était sans fin et les années si longues qu’on n’en voyait pas le bout, trop occupés de nos chagrins d’école.

Et puis nos pas nous ont portés au seuil du siècle, et c’est là qu’on a su la lenteur du monde. Dans les rues de Paris comme le long des trottoirs défoncés de Broadway, au pied du Millennium Hotel, au détour d’une vieille devanture décatie, il y avait toujours ces bistros éternels où des générations de bocks ont culotté le comptoir qui pègue toujours un peu. C’est là que nous avons fini tant de nuits et que nous en terminerons d’autres encore. Avec une belle d’un soir cueillie ici ou là, peut-être chez une amie commune ou au hasard des rues, de la fortune urbaine. Une de ces étrangères qui vient entre nos draps pour quelques heures encore, repousser jusqu’à l’aube la nostalgie aiguë de nos amours passées et de nos illusions.

Nous avons besoin d’elles, la foule de nos amantes. Notre besoin de consolation est impossible à rassasier.

* * *

Écrit à l’invitation d’Akynou sous la contrainte de cinq titres proposés par Madeleine. J’ai un peu perdu de vue l’autre moitié de la consigne : Et parler de vacances. On dira que ma tête y était déjà.

Casting

13 juillet 2008

Casting - le musicalBien sûr, avec un nom pareil, c’était pas gagné. Pour devenir célèbre, pour goûter au devant de la scène, jouir de l’éblouissement des spotlights, il lui faudrait ramer. Elle s’appelle… Pamela Pouète. Mais elle en veut, rien ne l’arrête, ni embûches, ni propositions indécentes…

Découvrez-la dans la dernière création de deux jeunes, brillants, talentueux auteurs-compositeurs (que les plus fidèles d’entre vous ont déjà vus à l’œuvre) : Casting, une comédie musicale piano-jazz-vocale intimiste et drôle. Elle sera créée dans le cadre du Prix Découverte du festival des Musicals de Paris, les mercredi 16, vendredi 18 et samedi 19 juillet à 21:30, jeudi 17 à 19:30 et dimanche 20 à 17:30 au Vingtième théâtre[1]


  1. 7, rue des Plâtrières — Paris XXe — Métro Ménilmontant ou Gambetta.

Il pleut dans ma chambre

9 juillet 2008

Enfin, à la fenêtre. Le voisin de quelques étages au dessus est toujours généreux quand il arrose ses jardinières. On croirait le bruit d’une vraie pluie d’orage.

Ondes transversales

18 juin 2008

Soit un plancher en béton flambant neuf, de la meilleure facture (il a été tout refait l’année dernière).

Soit un estimable co-bureau qui travaille d’arrache-pied sur des problèmes épineux qui semblent lui causer grand souci.

On considère le mouvement oscillatoire machinal qu’il imprime à ses pieds pour évacuer le stress.

Connaissant la rigidité du plancher dans sa direction normale et le coefficient de propagation des vibrations ainsi engendrées à travers mon fauteuil, calculer au bout de combien de temps je vais péter un plomb.

(Coucou, co-bureau !)

Déchiré

6 juin 2008

Ça devait être le ti’punch. Enfin, le troisième (ou le quatrième). Ou les deux précédents. À moins que ce ne soit le champagne qui les a précédés, la fatigue accumulée et la pression qui retombe. C’était la soirée d’adieu, après la dernière du spectacle.

Je me souviens du début de la soirée, vers minuit. De mes doigts collants du jus des citrons verts pressés dans les verres, du sucre de canne et du rhum blanc. Du niveau qui baisse à vue d’œil. Je me souviens encore des discours et de la musique. C’est ensuite seulement qu’il y a un trou noir. Un coma d’heures que je n’ai pas imprimées. Je ne me souviens pas avoir dansé, ni dit au revoir aux gens, ni être parti. Je ne me souviens pas les conversations qu’on aurait eues. Dommage…

Je me souviens un peu le taxi. On l’a eu tout de suite, j’ai toujours de la chance. Il a fait un détour, je nous voyais partir bien trop loin, droit à l’Est, alors qu’il aurait fallu tourner bien plus tôt pour rentrer à la maison. Il y a perdu son pourboire. Je me souviens ma chemise que tu as déboutonnée (mais je ne me souviens pas que ce n’était pas la première fois de la soirée), de tes mains et de ta peau contre la mienne. Je me souviens l’heure à laquelle j’ai fermé les volets pour dormir un peu alors que le jour se levait. Je me souviens m’être levé, et m’être rendormi.

Au réveil, j’avais la mémoire en lambeaux. Sensation étrange de la limite, en creux, des morceaux qui manquaient. J’appréhendais ce que tu me raconterais des moments occultés. Et puis tu m’as raconté, et j’ai seulement regretté de ne plus me souvenir de tout ça.

Comment cultiver le manque de sommeil en passant ses vacances à Paris

2 juin 2008

En écoutant lundi soir Lynda Lemay à l’Olympia. Ri, pleuré (aux endroits attendus et puis encore à d’autres), et resté scotché à la fin d’une ou deux chansons. Putain, elle est forte. Merci Mlle Toi.

En courant les magasins mardi pour renouveler ma garde-robe d’été et trouver un cadeau d’anniversaire. Ce sera Millenium. En arrosant tes trente-et-quelques, le soir, avec elleux tous.

En écoutant mercredi Didier Super au Point-Virgule avec les copines et les copains book-crosseux.

Jeudi en pensant avoir enfin une soirée où buller et dormir par suite d’annulation de choses prévues, et en changeant de programme par suite de désannulation. En chérissant les garde-manger vides qui offrent un prétexte commode pour inviter à dîner dehors.

En entreprenant un lointain et périlleux voyage vendredi soir (on a pris le RER jusqu’à Gagny, c’est dire !) pour fêter l’anniversaire d’une amie d’enfance de Melie.

En mettant au point un éclairage de spectacle avec les moyens du bord samedi. C’est tellement plus drôle d’illuminer un plateau quand on ne peut accéder ni au gril, ni aux patches. Tant pis, j’attendrai le prochain week-end de via ferrata pour étrenner mon tout beau baudrier bleu.

En redécouvrant au creux de la nuit les joies insoupçonnées de l’électroménager moderne. On oublie trop souvent l’effet que ça peut faire, un glaçon sur la peau. Ou tout ce qu’on peut faire sur une machine à laver.

En courant tout dimanche de la régie à la scène, et retour, parce que c’est bien plus drôle de faire les photos de plateau en même temps que les lumières.

En concluant le week-end en revoyant Créatures au théâtre de l’Épée de Bois. C’est toujours aussi chouette.

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Et cette semaine je ne dors pas non plus, puisque c’est spectacle tous les soirs. Viendez, les gens !

Le coup de la panne

27 mai 2008

On était jeunes, on était beaux. Les filles étaient arrivées en retard, bien sûr, le temps qu’elles se pomponnent. Avec Bob, en attendant, on s’était fait des pâtes à l’ail. Avec à peine un petit quart d’heure de retard, en fin de compte, on avait sorti la voiture. Elle affichait fièrement un demi-réservoir. Très bien, on ferait le plein là-bas. On s’en allait au fin fond de nulle part, aux confins, après Montargis. C’est là qu’on mariait J.-G. et M., ce samedi-là. On serait sur place presque à temps pour répéter les chants de messe.

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