Archive pour la catégorie Général

Les montagnes russes

Dimanche 10 février 2008

Ça semblait avoir bien commencé. De son regard elle m’a fait exister. De ses lèvres elle m’a emporté. Elles avaient un goût de menthe fraîche. Je m’étais confié, c’est une merveille, elle, et j’en tombe amoureux. C’était bien et terrible de réapprendre l’attente anxieuse d’un signe. Se rappeler la douleur exquise de l’être qui vous manque. Elle m’a emmené plus haut et plus bas que là où d’autres depuis si longtemps…

Mais elle n’a pas laissé à l’embrasement soudain le temps de la brûler. Pas même le temps de l’effrayer. J’ai l’impression qu’on a rien à se dire m’a-t-elle dit avant de m’avoir donné le temps de parler. Ça m’a fait mal comme rarement auparavant. Je ne suis pas prête à faire des efforts, à être disponible…

– Tant pis pour moi, alors…
– Tant pis pour nous.

La diva

Samedi 2 février 2008

Elle faisait l’ouverture de la soirée « Cabaret ». Mixité, métissage, le folklore lusophone, le hip-hop parisien et le conte d’Afrique noire se donnaient rendez-vous. Le rideau s’est ouvert, elle est entrée en scène.

Le regard bien caché dans l’ombre de son panama, elle chantait presque juste sur les instrumentaux enregistrés par d’autres, ces accompagnements faits pour durer plus long mais qu’on coupe avant terme en fade out absurde. On applaudissait pourtant. Au moins pour l’effort de la prestation.

Un nouveau morceau commence. Elle engage le public à frapper dans ses mains. Trop tôt, trop vite. « Allez, tout le monde, avec moi ! » La mayo prend mollement. On y va pour la forme, plus pour lui faire plaisir qu’autre chose. La salle est loin d’être déchaînée.

D’un coup sa voix s’étiole. Encore davantage. S’étrangle dans une quinte. De toux. Elle s’excuse, c’est fini. Au milieu de son tour, elle abandonne la scène et la lumière des projecteurs. Sans doute ce public-là n’était-il pas assez bien pour elle.

Au moins, le spectacle continue.

Parcours chaotique d’une particule

Mercredi 23 janvier 2008

C’est la nuit.

Voile d’ombre et de froid sur la ville. Laisser la chaleur derrière, au ventre des maisons et aux boyaux de la terre. Il faut de l’erre pour que l’âme tranche ses paupières cousues. Se rince l’œil de pluie fine et glacée.

Il baise comme il respire et il respire plus fort, suffoque de trop de vent glacé. L’amant pressé, le souffle court, court vers des corps à l’envers du décor.

Il y a un avant derrière et un après devant. Il court sans savoir s’il s’empresse vers l’un, s’il s’enfuit de l’autre. Au fond il court sur place, incertain d’où.

La particule… Et l’âme hante, erre… Sens ? à voir. Où elle va.

Relaps

Mercredi 9 janvier 2008

Dans l’ombre au loin une plainte.

Pas un cri qui déchire l’obscurité. À peine le bruit d’une larme qui coule le long d’une joue. Cela suffit.

J’étais résolu à n’en plus vouloir, mais on ne choisit pas. C’était l’heure du sommeil passée d’un bon moment, et je me suis assis. Je l’ai laissée tout doucement m’ouvrir le tiroir sombre des angoisses qui lui nouaient le ventre.

— Bon, raconte-moi. Qu’est-ce qui ne va pas ?

Une nuit encore j’ai écouté.

Dans ma tête j’entends la mer

Mercredi 2 janvier 2008

Plouf.

Plouf. Plouf. Plouf.

Trente (et un) petits cailloux jetés dans les vagues. Et subsiste en-dedans un ballet d’ombres. Elles hurlent la nuit en silence, elles ont toute la place, c’est plein de vide, ici. Au fond, je me terre et je les regarde voler sans bruit. Je voudrais écrire leur portrait, aux hideuses créatures. Encorder de mots le faune et la faucheuse.

Mais devant le clavier je n’entends que la mer.

Ma journée chez les fous

Mercredi 26 décembre 2007

C’était un hôpital psychiatrique de banlieue et elles s’ennuyaient ferme, de garde. L’omelette lyophilisée de l’établissement était la seule perspective culinaire que leur promettait le soir. La télévision jouait, ordinaire, à jeter des paillettes au vulgaire pour laver les esprits avant l’heure de la pub. Mon réfrigérateur, lui, débordait de restes succulents des agapes de la veille, et le temps d’un après-midi de Noël s’alanguissait devant moi.

On est donc convenus que je les rejoindrais muni des denrées dites et d’un jeu de tarot.

Le café réchauffé de la salle de garde nous a accompagné de partie en partie tandis que je perdais avec application. Je ne sais toujours pas très bien compter les atouts. Parfois par accident j’en gagnais une quand même. Parfois encore le bip du téléphone sonnait et il fallait alors que le Docteur s’en aille sauver les âmes des autres. Alors on papotait.

Puis l’heure est arrivée du gueuleton improvisé. La volaille grasse et tendre, les pommes de terre dorées, les fromages odorants (brie de Melun en tête) et le pain aux noix sont sortis du panier. On a dîné gaiement en jouant à dire du mal de nos contemporains et à se raconter, aussi, un peu les gens qu’on aime.

Vers la minuit enfin, je suis ressorti seul sous la pluie fine d’hiver. Je me suis calé là, dans la voiture à quai du métropolitain, et j’ai fini Lire aux cabinets.

Les fous étaient tranquilles cet après-midi là.

Ç’aurait pu servir un jour

Dimanche 9 décembre 2007

Ça faisait bien deux ans que ces machins traînaient dans un coin de mon bureau.
Ça faisait deux mois que la date du déménagement était fixée.
Ça faisait deux semaines que j’avais fini par me résoudre à décider de les jeter.
Ça faisait deux jours que je les avais mis dans les grands sacs poubelles.
Ça faisait deux heures que j’avais reçu le mail : j’allais finalement en avoir besoin.

Ça faisait deux minutes que les poubelles avaient été descendues.