Archive pour la catégorie Général

La horde sauvage

Mercredi 18 novembre 2009

Il est près de vingt-trois heures. Je viens de me cogner à vélo tous les feux rouges que compte l’avenue, j’arrive place de la République. Ils sont là.

Klaxons, sirènes. Hurlements, sans discontinuer. Drapés dans leurs étendards, fumigènes et fusées d’alarme brandies. C’est une foule animale qui gronde comme par temps d’émeute. Une meute farouche et bruissante, imprévisible. Sauvage. Une grande bête furieuse en liberté.

Je pédale un peu plus vite, un peu plus fort. La hideur préhistorique réveille l’instinct de survie.

Les mères impossibles

Samedi 31 octobre 2009

C’était au jap’ après le ciné, l’autre dimanche. Avec M. on s’était installés à côté d’elles, la mère et la fille. La mère grandiloquente et théâtrale d’indignation, pétrie de vieille rancœur contre un mari parti, la fille tenue sous son emprise, sommée de répéter les mots longuements appris de haine contre l’absent. La mère qui veut absolument assister à l’exposé de sa fille. La fille qui défend comme elle peut la dernière parcelle de son territoire, ses études, sa vie. Non, je ne veux pas que tu viennes, je ne te dirai pas à quelle heure c’est.

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Il y a encore celle qui, à la soutenance de thèse de sa fille, voudrait amener son chien. Non, Maman, ça ne se fait pas. Il faudra s’en séparer quelques heures, mais le retrouver bien vite, dès les félicitations prononcées et le champagne sablé.

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Il y a cette autre dont la fille est aussi maintenant Docteur, qui le jour J demande qu’on lui fasse les présentations. Oui, je veux connaître tous tes copains !

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Et celle qui depuis dix-huit ans dort dedans sa tombe.

District 9

Vendredi 25 septembre 2009

J’ai fini par voir District 9. On m’en avait dit beaucoup de bien, et j’avais lancé un appel à la cantonade pour ne pas y aller tout seul. Incompréhensions et Mlle Elle ont répondu présentes. Je m’en suis voulu de les avoir traînées dans ce traquenard.
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De l’importance d’être constant

Vendredi 4 septembre 2009

J’avais pris le bouquin comme ça, en passant, je l’avais vu une ou deux fois dans les rayons, la quatrième de couverture, l’auteur et quelques pages feuilletées m’avaient suffi à me dire ce sera pas mal, à l’occasion. Je l’avais emporté pour le voyage. Il y avait des heures d’avion et de bus à tuer, ça me ferait bien m’évader. Le passage de la nuit, Haruki Murakami. C’est la ville après le crépuscule, sombre et chaude et noire de sueur et de sang, la lumière d’un néon cru dans une pièce immobile, les putes et les salarymen qui se croisent dans la chambre d’un love hotel le temps de quelques heures. Un bon bouquin.

(J’aime bien Haruki Murakami, ses histoires bizarres et la part d’inexpliqué, de surnaturel qu’il sait y inviter juste comme ça, sans en avoir l’air.)

Je suis rentré. (Lundi dernier.) J’ai défait les sacs, posé le bouquin sur l’étagère. Puis enfin entrepris de ranger. (Ce soir.) De l’insérer à sa place, sur le rayon des romans, juste à côté de la La Course au mouton sauvage et des Amants du Spoutnik.

C’est là que j’ai vu qu’il y était déjà.


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À donner, donc, un exemplaire non lu du Passage de la nuit.

Something old, something new, something borrowed, something blue

Mercredi 12 août 2009

I saw a bright new summer sky outside
Though it’s one I think they used before
It’s shiny blue, enjoy it to-day
‘cuz the guy up there wants it back to-night.

Putain de jour sans

Samedi 27 juin 2009

Tu as un pique-nique à Noisy-le-Sec mais le RER E est interrompu.

Tu rentres de Noisy, crevé. Arrivé Gare du Nord, tu te fais violence pour rejoindre les potes à Alexandre-Dumas. Mais la ligne 2 est coupée.

De guerre lasse tu rentres à la maison. Le miroir de la salle de bains s’est effondré.

Et Facebook est en carafe, tu peux même pas hurler ta rage.

Le petit bal du dimanche soir

Mardi 16 juin 2009

C’est Dorine qui m’avait passé l’invitation. Bal dansant, vingt heures, place Django-Reinhardt, Saint-Ouen. La place n’est pas sur le plan, c’est juste le coin de deux rues, dans le quartier des puces, à deux pas de la porte de Clignancourt. C’est de l’autre côté du périph — mais encore à portée de Vélib’. C’est comme ça que je suis venu.

Les maisons basses de ce coin de banlieue étaient baignées de lumière dorée. Le jour d’été s’étirait, bercé de musique rétro. Ça tournait sur la piste de danse improvisée, on sirotait des bières. Il faisait doux, à la marge de la grande ville, au bord du temps. Bien sûr que demain, un autre jour, on s’en retournerait trimer. Mais on était là, simplement dans l’instant de la nuit qui naissait timidement, à valser endiablés, à tanguer passionnés et, en parfait ballet, à exécuter les pas d’un Madison que Dorine a enfin réussi à m’inculquer. Très jolies filles et fort beaux garçons profitaient de l’instant suspendu. Un doux soir de musique et d’amitié.